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Le déchiffrement des hiéroglyphes
 
 
 

      Un siècle et demi après Kircher, pendant l'été 1798, les antiquités égyptiennes furent à nouveau au centre de l'actualité. Napoléon Bonaparte avait emmené en Égypte, dans les bagages de son armée d'invasion, une équipe de scientifiques, d'historiens et de dessinateurs. Ces chercheurs effectuèrent un travail remarquable, dressant des cartes, dessinant, transcrivant, mesurant et enregistrant tout ce qu'ils voyaient. En 1799, les savants français furent confrontés à ce qui allait devenir la dalle de pierre la plus célèbre de l'histoire de l'archéologie, et qui avait été mise à jour par des soldats français stationnés au fort Saint-Julien, près de la ville de Rosette située dans le delta du Nil. On avait chargé ces hommes de démolir un vieux mur pour agrandir le fort, mais, enchâssée dans le mur, il y avait une pierre portant une exceptionnelle suite d'inscriptions: le même texte avait été gravé trois fois, en grec, en démotique et en hiéroglyphes. La Pierre de Rosette semblait offrir des mots probables. On pouvait facilement lire le grec, et cela donnait un morceau de texte clair à rapprocher des textes chiffrés par le démotique et les hiéroglyphes. La Pierre de Rosette était une clef potentielle pour retrouver la signification des symboles de l'Égypte ancienne.

      Les savants comprirent immédiatement l'importance de la pierre, et ils l'envoyèrent pour examen à l'Institut national du Caire. Mais, avant que l'Institut ait pu entamer des recherches sérieuses, il devint évident que l'armée française allait devoir reculer devant les forces anglaises. Les Français emportèrent la Pierre de Rosette du Caire à Alexandrie, où elle serait plus en sûreté. Ils durent finalement capituler, et l'article XVI du traité attribua toutes les antiquités d'Alexandrie aux Anglais, alors que celles du Caire furent autorisées à partir pour la France. En 1802, l'inestimable dalle de basalte noir (mesurant 118 cm de haut, 77 cm de large, et 30 cm d'épaisseur et pesant 750 kilos) fut envoyée à Portsmouth à bord du HMS l'Egyptienne, et fut déposée au British Museum, à Londres, où elle se trouve toujours.

      La traduction du grec révéla bientôt que la Pierre de Rosette portait un décret du conseil général des prêtres égyptiens formulé en 196 avant J.-C. Le texte rappelait les bienfaits que le pharaon Ptolémée avait répandus sur le peuple d'Égypte, et détaillait les honneurs dont les prêtres avaient, en retour , couvert le pharaon. Ils déclaraient par exemple qu'une fête serait consacrée au roi Ptolémée, l'immortel, l'aimé de Ptah, le dieu éclatant et bienfaisant, chaque année dans tout le pays à partir du premier jour de Troth et pendant cinq jours, où l'on porterait des guirlandes, pratiquerait des sacrifices et des libations, et tous les hommages habituels.

      Si l'on suppose que les deux autres écrits représentent le même texte, on peut penser que le déchiffrement des hiéroglyphes et du démotique se fit sans difficulté. Pourtant, il restait trois obstacles importants. D'abord la Pierre de Rosette est sérieusement endommagée, comme le montre la photo. Le texte grec couvre 54 lignes, dont 26 sont abîmées; le démotique 32 lignes dont 14 ont le début endommagé (le démotique et les hiéroglyphes s'écrivent de la droite vers la gauche). Mais c'est le texte des hiéroglyphes qui est dans le plus mauvais état, avec la moitié des lignes manquant tout à fait et une partie des 14 autres qui manque aussi. Autre difficulté: les deux écrits égyptiens transcrivaient la langue de l'ancienne Égypte, que personne n'avait parlée depuis au moins huit siècles. On pouvait trouver une bribe de symboles égyptien qui correspondrait à une bribe du texte grec, ce qui permettrait aux archéologues de comprendre le sens des symboles égyptiens, mais il était impossible de connaître le son des mots égyptiens. Or, si les archéologues ne savaient pas comment les mots étaient prononcés, ils ne pouvaient pas déduire la phonétique des symboles. Finalement, le legs de Kircher encourageait toujours les archéologues à penser l'écriture égyptienne en termes d'idéogrammes, plus que de phonogrammes, et seuls quelques rares chercheurs tentèrent ce déchiffrement phonétique.